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DÉGRADATION DES TERRES ET DÉSERTIFICATION EN AFRIQUE TROPICALE HUMIDE

Auteur : Professeur Dr Clément MATHIEU, Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-mer de France. 
Médaille d'or 2004 de l'Académie d'Agriculture de France, ingénieur AIHy®
Licence CC-BY1-NC (1x pour TFE, thèse, rédaction et toujours avec mention bibliographique, sinon contacter l'auteur via son site www.clement-mathieu.fr)
PS.: des images d'illustration sont parfois ajoutées par la rédaction de l'INFO-AIHy pour le lay-out et l'information didactique (c'est indiqué).

 Réf. Biblio (ici) : MATHIEU Clément. Dégradation des terres et désertification en Afrique tropicale humide. SIRD-asbl.AIHy. 2021. Campus HECh-ISIa, Huy Belgique. Disponible sur : 

 sirdmondial f128

Résumé

mathieuclementEn Afrique tropicale humide, la dégradation des sols et de la végétation n’est pas seulement la conséquence des pressions démographiques, trop souvent évoquées, sur les milieux de production, elle est aussi celle d’une crise d’inadaptation des sociétés rurales traditionnelles.
Le phénomène de la dégradation des sols par la culture traditionnelle itinérante puis par la villagisation sans restitution au sol et par l’élevage transhumant est évident malgré souvent le faible taux d’occupation des sols.
L’auteur analyse les processus de la dégradation du milieu de production en rappelant les étapes qui ont conduit les paysans des savanes du nomadisme cultural à l’infertilisation des sols cultivés et celles qui ont prévalu à la progression constante des éleveurs nomades vers des savanes toujours plus au sud.
Les solutions aux problèmes de la restauration de la fertilité des sols passent obligatoirement par un changement radical des modes de culture allant vers la sédentarisation des productions et la fertilisation via le couple culture-élevage et par un mode réaliste de la gestion des pâturages.
Ces changements doivent reposer sur la formation des paysans. Il faut éduquer l’homme dans ses rapports avec le sol dont il dépend. Ces changements doivent aussi reposer sur la participation active et volontaire des populations rurales, les services de l’Administration n’ayant qu’un rôle d’animation et d’assistance technique et financière et non plus celui de substitution de fait aux agriculteurs. 

Introduction

Selon les régions, depuis 10, 7 ou 5000 ans, l’homme sédentaire, cultivateur et éleveur s’est efforcé de produire sa nourriture en utilisant au mieux les ressources des sols.
Après les défrichements des forêts, avec la maîtrise de l’eau et aussi celle de l’animal, il a cultivé la terre tout en utilisant des techniques pour la protéger contre l’agressivité des pluies et du ruissellement, contre ce qu’on a appelé l’érosion.
Qui ne connaît, du moins par la photo ou le dessin, les pentes abruptes de Machu Picchu dans les Andes, transformées en terrasses ou celles d’Indonésie ou de Java transformées en rizières étagées.

Cependant durant le XXème siècle, de nombreux faits constatés dans diverses régions du monde ont inquiété la communauté scientifique et l’opinion publique ; ils concernent la dégradation rapide et pargois irréversible des sols à la suite d’une exploitation agricole inadaptée à ces milieux.
L’ouverture des paysages par la déforestation, la mécanisation non raisonnée, la croissance non limitée des troupeaux et le surpâturage ont déclenché sous des climats très variés et sur des sols très différents des phases d’érosion et d’épuisement de la terre atteignant parfois le stade de la désertification. Il ne faut cependant pas confondre désert et désertification. Le désert est une région où la végétation est rare ou absente à cause d’une déficience des pluies ou d’une aridité édaphique alors que la désertification d’un milieu est un ensemble de processus qui fait perdre à l’écosystème son aptitude à revivre ou à se régénérer en réduisant la productivité biologique à savoir une réduction de la biomasse végétale, de la capacité de charge pour le bétail, des rendements des cultures et du bien vivre de l’homme.
Par suite des dégradations des terres, le paysage se dénude, avec très souvent la formation de ″bad-lands″ si la zone est collinaire. Les ″bad-lands″ qui signifient en anglais ″mauvaises terres″ présentent un dédale de ravins étroits et de crêtes escarpées sans végétation rendant ainsi le sol inutilisable pour quelque fore de production que ce soit.

L’Afrique tropicale humide n’échappe pas à ce processus de désertification.
Bien évidemment, il ne concerne pas toute l’Afrique tropicale humide, mais des zones agricoles de plus en plus nombreuses surexploitées ou surpâturées, alors qu’auparavant les agrosystèmes établis ne semblaient pas mettre en péril leur propre durabilité.

Pour commencer nous définissons l'Afrique tropicale humide : ce sont les zones situées de part et d'autre de l'Équateur avec la forêt mésophile, la forêt sèche et les savanes arbustives et arborées   où les saisons sèches peuvent durer de 3 à 7 mois, excluant ainsi la forêt ombrophile dense (climat équatorial) et la steppe tropicale (climat semi-aride avec moins de 500 mm de pluies annuelles, le Sahel par exemple).

 De la protoculture au nomadisme cultural

Durant des siècles, ces régions de l'Afrique tropicale humide ont été cultivées d'une manière extensive et itinérante. Avant l'ère coloniale, l'Africain se contente de récolter dans la nature les productions diverses dont il a besoin et qu'il rencontre au cours de ses nombreuses pérégrinations dans la brousse et dans la forêt. Il chasse également le gibier. Autour des habitations, il y a le "jardin de case" où on trouve de nombreuses brèdes, plantes à sel ou aromates, piments, gombos, taros et patates douces puis des bananiers. Mais lorsque les productions sporadiques et insuffisantes de la brousse, de la forêt et du jardin n'ont plus permis à l'Africain d'assurer sa subsistance dans son intégralité, ce dernier est passé à un système de plantation dans la savane ou la forêt, sans caractère de fixité. La plantation se promenait au gré des exigences de la culture, de la fertilité des sols, de l'humeur même de l'agriculteur. Le système utilisé était donc celui du nomadisme cultural où la jachère plus ou moins longue était ainsi pratiquée.

Pour que cette forme d’exploitation soit pérenne, dans une certaine circonscription géographique, il fallait donc une superficie considérable de terres soit vierges, soit régénérées par la jachère spontanée dont une infime partie seulement était mise chaque année en exploitation. Les terrains de parcours ne devaient pas excéder une certaine distance par rapport à l’habitation pour se rendre à la plantation.

En conséquence, la plantation devait périodiquement revenir sur de vieilles terres précédemment mises en culture, mais, où la fertilité avait retrouvé son niveau primitif d’avant défrichement.

Pour que ce mode d’exploitation puisse se perpétuer, il était indispensable qu’avant chaque réouverture de terre la nature ait restauré le capital fertilité de départ.

Van der Pool (in Guillemin, 1956) a défini cette utilisation des sols en nomadisme cultural, selon 3 cas, par une courbe qui est en fait une série d’oscillations de relaxation.

art102 1nivfertilite

Courbe 1
La période de jachère est très longue, plus longue que celle nécessaire à la reconstitution de la fertilité première : il y a alors une longue période, où le sol est en équilibre avec la nature et ne s’améliore plus, que l’auteur a appelé « période stérile » (sous-entendu pour la production agricole). Le système peut se perpétuer sans aucune précaution.

Courbe 2
La période de jachère est égale à celle nécessaire à la reconstitution du stock primitif de fertilité. Le sol est exploité au maximum et on se trouve à l’équilibre sol-culture. C’est là, l’utilisation la plus rationnelle des possibilités de régénération par la nature. Mais une extrême prudence est nécessaire.

Courbe 3
La période de jachère est inférieure à celle de la reconstitution. Jamais le sol ne peut retrouver sa fertilité première : il s’ensuit que les périodes culturales deviennent de plus en plus courtes, que les terres s’appauvrissent de plus en plus et que l’on arrive petit à petit à la stérilisation du sol.

 De la villagisation à l'infertilisation des sols

Avec la pénétration européenne, l'agriculture traditionnelle disparaît progressivement.
Les transformations apportées par l'Européen vont contribuer à bouleverser le terroir rural où l'Africain évolue.

Dans certaines régions, une des grandes transformations qui allait vraiment modifier de fond en comble les structures sociales et l'organisation du paysage rural a été le regroupement en villages.
La brousse se vide de tous ses habitants qui sont regroupés autour des points de contrôle, faciles à surveiller. Une autre transformation est l'introduction de cultures industrielles encore appelées cultures de rente, comme l'arachide, le coton, le café, l'hévéa, etc.

Au bout de quelques années, étant donné les concentrations démographiques des villages, la superficie accordée aux plantations devient considérable, et, en tenant compte de la succession culturale, très rapidement les cultivateurs ont dû faire des distances énormes pour se rendre à leurs cultures, tout en diminuant considérablement la durée de la jachère spontanée ; celle-ci tombant de 20-25 ans à 8-10 ans et parfois beaucoup moins actuellement.
Il s’ensuivit donc un déséquilibre très net entre la durée des cultures et celle de la jachère nécessaire à la restauration spontanée de la fertilité.

En milieu tropical, en l'absence d'une fertilisation chimique artificielle par application des engrais (problème de coût, de transport) la fertilité du sol tient essentiellement dans sa richesse en matière organique.
Cette matière organique est produite durant la période de jachère, ainsi avant chaque réouverture d'une terre, la nature devrait avoir restauré le capital fertilité de départ. Lorsque la période de jachère est inférieure à celle de la reconstitution, (courbe 3) à terme nous épuisons le sol, ce dernier atteint le stade d'infertilisation et il doit être abandonné, ne pouvant plus produire une biomasse suffisante il va être soumis à une érosion de plus en plus prononcée au fil du temps.
Ainsi donc le déséquilibre du milieu cultivé entraîne la dégradation des sols, puis l'érosion s'accélère.

Au niveau de la parcelle, en début de semis ou de plantation, qui correspond aussi généralement au début de la saison des pluies, on assiste très vite à une érosion hydrique importante. Or une erreur très grave fut l’introduction de la culture en ligne par obligation d’aboutir à un nombre de plantes à l’hectare bien déterminé. Dès que la pente dépasse 2 p. cent, l’érosion en nappe est nettement visible (photo 1). 

Photo 1 -Erosion en nappe, en début de saison des pluies, dans un champ à très faible pente après bouturage du manioc (zone soudanienne) (région de Pouyamba, République Centrafricaine) (photo C. Mathieu).

art102 photo1 erosion

Le sol est littéralement lavé par les eaux de ruissellement emportant ainsi, les matériaux fins et les particules de matière organique, maigre substrat biogène des sols tropicaux acides (Mathieu, 2009). Or, l’agriculteur par souci de la moindre dépense d’énergie, établit les plus souvent ses cultures dans le sens de la pente, c’est-à-dire dans les conditions optimales d’érosion. Après le coton, par exemple, en nouvelle saison culturale, après les plantations de boutures de manioc et les semis d’arachide et de maïs, le sol est de nouveau voué à une érosion hydrique facilitée par l’état de surface.

Petit à petit, ce système de culture se traduit inexorablement par un appauvrissement extrême, voire une stérilisation progressive des périmètres des agglomérations regroupées.

Lorsque, sur un même terrain, on compare les caractéristiques pédologiques de la couche superficielle de sols sous végétation naturelle et de sols cultivés depuis des années, on constate, à chaque fois, moins de matière organique et un pH plus acide sous culture (Cointepas et al., 1982 ; Mathieu et al., 1988 ; Quantin et al., 1962).
Une baisse de 0,7 unité de pH en surface est souvent observée en sols cultivés (Cointepas et al., 1982) ainsi qu’une baisse de 1 % de matière organique (Mahieu et al., 1988).

Des comparaisons de sols cultivés depuis 45 ans montrent une baisse de 30 % de macroporosité et une diminution de la stabilité structurale.
La quantité moyenne d’éléments transportés par l’érosion est directement proportionnelle à l’instabilité structurale du sol (Quantin et al, 1962).

Toutes ces pratiques culturales aboutissement inexorablement à une infertilité prononcée du sol.

Comportements humains et gestion des sols

Face aux états décrits, nous pouvons assister à deux itinéraires différents selon “l’ancrage” de la population.

Dans le premier cas, celui des grosses agglomérations à caractère citadin avec des infrastructures durables, la population reste sédentaire, mais les plantations s’éloignent progressivement de l’agglomération.

Ainsi apparaissent dans les nouvelles zones de culture éloignées de ces centres de culture ce que l’on appelle des cases de plantation, habitations rudimentaires faites en bordures même des champs, et où une partie de la famille passe une grande partie de son temps (soustrayant souvent les enfants aux obligations scolaires !).
Autour de l’agglomération vers ces nouvelles zones de culture s’installent des auréoles de désertification croissante. Le front cultural admissible s’éloigne de plus en plus de l’agglomération. Des zones absolument stériles et parfois dénudées occupent les anciens champs (Guillemin, 1956 ; Kokamy-Yambere, 1989, 1990).

Dans le deuxième cas, celui de villages peu organisés avec une population moyenne ne dépassant pas 200 habitants ; le fait courant est d’assister au déplacement complet du village à plusieurs dizaines de km de son lieu d’origine.
Ceci dès que les agriculteurs jugent que l’état de productivité de leur terroir agricole a atteint une limite inacceptable. Combien d’emplacements d’anciens villages, ne sont-ils pas signalés par des bosquets de palmiers (Elaeis guineensis) ou plus souvent de manguiers (Mangifera indica), isolés au milieu d’une savane n’ayant pu reprendre son aspect d’origine même après plusieurs décennies. Aujourd’hui, ce genre de déplacement est pratiquement abandonné.

Comme le rappelle Roose (1994) dans un ouvrage sur l'érosion, si la mise en culture augmente généralement les risques de dégradation du sol, les sociétés rurales tentent d'élaborer progressivement des méthodes permettant de maintenir à long terme la productivité des terres (amendements organiques ou calcaires, drainage, cultures associées).
Mais lorsque les besoins évoluent trop vite, se développe alors une crise à laquelle la société rurale ne pourra répondre à temps.

On a souvent évoqué la croissance rapide de la population comme une des causes majeures de la désertification des milieux agricoles (pour l’ensemble de l’Afrique, la population est passée de 273 millions d’habitants en 1960 à 1 milliard 300 000 mille en 2020). Mais qu’en est-il réellement du problème de la densité de population à ce sujet ?

On remarque en effet que l'érosion augmente en fonction de la densité de population.
Dans un système agraire donné, lorsque la population dépasse certains seuils, les terres viennent à manquer, les défrichements s'étendent de plus en plus au détriment de la réserve forestière, les jachères sont de très courtes durées ou disparaissent. La quantité de forêt diminuant, le bois devient rare, et devenant rare, la reconstitution des réserves est entravée.
Dans certaines régions on utilise le fumier séché comme combustible, comme c’est en permanence le cas sur le plateau éthiopien (photo 2). Dans ce schéma, nous voyons une "terre qui meurt" (Harroy 1944), sous l'influence des méthodes déséquilibrantes des systèmes d'extensification.
Ainsi, en zone soudano-sahélienne, au Burkina-Faso, dès que la population dépasse 20 à 40 habitants/km2, le temps de la jachère diminue et devient inefficace. On parle d'une zone dense dégradée dès que la population atteint une centaine d'habitants par km2.
Les adultes sont alors obligés de migrer en saison sèche pour trouver un complément de ressources pour assurer la subsistance de leur famille (Pieri, 1989). Curieusement, dans d'autres zones tropicales, comme au Rwanda et au Burundi, on ne parle de forte densité qu'au-delà de 250-400 habitants/km2. Malgré des sols très acides et des pentes dépassant 30 à 80 %, les familles se débrouillent mieux qu'au Sahel avec souvent moins d'un ha par famille à condition d'associer des cultures, d'introduire des arbres, de recycler rapidement tous les résidus et de restituer de la matière organique, afin d'arrêter l'érosion des terres (photo 3) (Marquet et Mathieu, 1994 ; Mathieu, 1987).

 

Photo 2 - Séchage de bouses de vache, qui seront vendues au marché comme combustible (près de Robé, plateau éthiopien) (photo C. Mathieu).

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On peut donc dire que le milieu se dégrade avec la densité de la population jusqu’à atteindre certains seuils au-delà desquels les paysans sont contraints de changer le système de production. Si le bois de feu[1] vient à manquer, il faut planter des arbres en bordure de culture, si la matière organique diminue dans les sols, il faut améliorer sa restitution par le compost et le fumier des animaux domestiques, si des pentes fortes sont cultivées, il faut aménager des retenues de terre par des alignements de pierre, etc...
Une stratégie fondée sur le développement agricole en incluant la gestion de la biomasse et la fertilité des sols est tout à fait réalisable. Le problème actuel des nombreuses sociétés rurales africaines est la rapidité avec laquelle s'est opérée la transformation du milieu traditionnel.
L'aménagement des pentes extrêmes au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie est le résultat d'un processus lent et progressif. Aujourd'hui, la demande en terres est telle que le milieu est rapidement fragilisé, puis incontrôlé et en dernier lieu dégradé, désertifié avant d'être parfois complètement abandonné, dans ce cas les populations migrent pour aller  s'installer d'une manière anarchique dans des régions vierges avant de les détruire à leur tour : c'est par exemple le cas des populations dans la région Kivu en République démocratique du Congo migrant de la zone de Bukavu vers le versant ouest des Monts Mitumba (côté bassin du Congo).
 

[1] Le besoin de bois de feu est en moyenne de 1 kg de bois par jour et par habitant. Imaginons la quantité ″forêt″ nécessaire pour une ville comme Kinshasa de 15 millions d’habitants en 2020.

Photo 3 - Relief particulièrement propice à l’érosion, et pourtant les agriculteurs réussissent à contrôler l’érosion en appliquant des techniques physiques et biologiques de lutte contre l’érosion (région du Mumirwa, Burundi) (photo C. Mathieu).

art102 photo2 erosionmumirwa

Déforestation et feux de brousse

 Les feux de brousse volontaires ou non sont d’abord dictés par le renouvellement du pâturage ; mal gérés, ils contribuent à sa dégradation et à sa destruction.

La déforestation est due à la surexploitation du bois de feu et à l’extension des cultures.
Dans toute la zone tropicale humide telle que nous l'avons définie, la pénurie de bois de feu est actuellement ou sera grave ou aiguë dans un très proche avenir.
Les forêts tropicales diminuent de plusieurs milliers d’hectares par an, et en Afrique la déforestation s’accélère.
Alors que l’Amérique latine est pointée du doigt pour une exploitation irraisonnée de ses forêts, elle a pourtant divisé par deux le rythme de perte de ses surfaces arborées, alors qu’elle perdait en moyenne 5,2 millions d’hectares de forêts par an, entre 2000 et 2010, la décennie suivante a vu le solde ramené à 2, 6 millions d’hectares annuels.
A l’inverse, la perte de forêts en Afrique s’est accélérée entre ces deux périodes passant de 3,4 à 3,9 millions d’hectares de forêts en moins chaque année et accentuant le triste rang de leader de la déforestation octroyé au continent africain (FAO, cité par Reporterre, 2020), (cette situation concerne tout le continent, inclus donc la forêt équatoriale).

Après la déforestation, le ruissellement et l’érosion du sol provoquent une perte en terre importante qui, selon les pentes et les usages du sol peuvent atteindre jusqu’à 100 t/ha-1/an-1et même plus. Toujours selon la FAO (Ba, 2020), l’Afrique reste le continent le plus touché par la dégradation des sols et la perte de la biodiversité (donc de la matière organique). 52 % des terres utilisées par l’agriculture sont modérément ou sévèrement affectées par la dégradation des sols et 10 % gravement dégradées.

Un autre problème touchant l'érosion et la désertification est celui des feux de brousse (photo 4). Dans les formations arborées ouvertes, il existe un important tapis graminéen. Lorsque celui-ci est continu, il est donc possible durant la saison sèche de pratiquer sa destruction par le feu.
Depuis longtemps les feux de brousse sont un sujet de controverse en Afrique et sont l'objet d'un vaste débat dans lequel des inconnues demeurent nombreuses (Gaullic et Le Masson, 1990).

  • Quelle part ont-ils réellement dans l'existence des savanes ?
  • Comment celles-ci évoluent-elles à l'échelle des grands cycles climatiques ?
  • Pourra-t-on en intensifier durablement l'exploitation pastorale à grande échelle avec les seuls systèmes de feux contrôlés ?
  • elles nouvelles tendances ceux-ci induiront-ils dans leur évolution ?

 

Photo 4 - Feu de brousse de milieu de saison sèche dans une savane arborée (région de Bambari, République Centrafricaine) (photo C. Mathieu).

art102 photo4 feudebrousse

Pourquoi ces questions ? Parce que lorsque la savane brûle par des feux volontaires c'est pour son renouvellement du pâturage : pâturage pour les éleveurs mais aussi dans d'autres cas, pâturage pour le gibier herbivore, ce qui facilite la chasse.

Le feu de brousse est donc la destruction d'une importante biomasse devenue inconsommable pour le bétail et le gibier afin d'obtenir un pâturage jeune et de haute valeur nutritive.
Nous ne rentrerons pas dans le détail des types de feux (précoce, de pleine saison sèche, tardifs ou de contre saison) et de leurs effets sur la végétation et le sol, sinon pour dire deux choses importantes :

  • La première, c'est que les systèmes de feux doivent être adaptés et contrôlés dans le cadre d'une gestion technique des pâturages dans les grandes zones de pastoralisme, les systèmes préconisés ont montré leur efficacité dans l'exploitation pastorale rationnelle des savanes
  • La seconde remarque concerne le non-respect de la première : les feux anarchiques, les feux les plus agressifs pour la végétation et le sol sont non seulement à proscrire mais à combattre.

C'est ainsi que les feux précoces suivis d'un second feu avant les pluies épuisent les touffes de graminées et laissent un sol très nu sous les premières pluies (photo 5).
Le sol est alors soumis à une déstructuration de surface qui empêche l'eau de s'infiltrer normalement (effet de battance), provoquant ainsi une mauvaise restitution des réserves hydriques dans le sol et un ruissellement intense en surface. Ce ruissellement organisé en filets d'eau qui, à partir d'une certaine vitesse, vont entailler le sol et emporter des particules de plus en plus grosses.

Ainsi donc, l'effet recherché de régénération du pâturage aura un effet inverse contribuant à l'appauvrissement du sol jusqu'au stade d'une érosion généralisée en "bad-lands".

 

Photo 5 - Sol dénudé après feu de brousse.
Lors des pluies, toutes les particules fines de surface sont emportées par les eaux de ruissellement,
sans compter celles évacuées par les vents fréquents en saison sèche
(région de Bambari,
République Centrafricaine) (photo C. Mathieu).   

art102 photo5 postfeudebrousse

De la transhumance à la gestion de l'espace pastoral

Les progrès de prophylaxie envers les ruminants ont permis aux éleveurs nomades de pénétrer es zones jadis interdites en raison des trypanosomiases.

Un autre facteur de la dégradation des savanes est assurément le surpâturage des zones d'élevage par les troupeaux bovins des éleveurs nomades.
L'existence d'un élevage bovin dans les savanes par les Peuls, les Mbororos, les Masaïs, les Turkana et autres peuples nomades n'est pas un fait nouveau.
C'est en fait, depuis la domestication du bétail entre le Xème et le VIIème millénaire av. J.C. qu'apparaît au Proche-Orient l'utilisation du gros et du petit bétail en mode pastoral.

En Afrique tropicale, les populations d'éleveurs nomades se localisent à l'origine dans la zone des steppes semi-arides jusqu'à la zone de la limite de la culture pluviale des céréales (photo 6).

 

Photo 6 - Zone de désertification par surpâturage des troupeaux de bovins des nomades masaïs
(rond foncé en bas à gauche : parc à bétail avec cases) (à l’est de Nairobi, Kenya)
(photo avion C. Mathieu)

art102 photo6 kenya

Les déplacements s'organisent en fonction des alternances pluviométriques saisonnières du milieu intertropical, avec dispersion en saison des pluies sur les plateaux herbeux et concentration en saison sèche dans les vallées et les plaines alluviales.
Le nomadisme pastoral constitue un genre de vie de haute productivité économique doué d'un dynamisme démographique remarquable et d'une grande capacité d'expansion. Il permet un niveau de vie largement supérieur à celui de la population agricole sédentaire, à condition que le nombre de parties prenantes soit évidemment limité par des mécanismes de régulation démographique et sociale (Planhol, 1992).

Ces mécanismes sont d'autant plus nécessaires que les nomades ont toujours joui d'une démographie particulièrement vigoureuse. Un excédent constant en hommes, tout au long de l'histoire, a toujours caractérisé la société nomade. Le nomadisme pastoral exige aussi des surfaces considérables et ne permet que des densités humaines limitées (moins d'1 hab/km2).
Dans ces conditions, la société nomade a dû s'organiser en fonction d'un état de crise permanente, d'un déséquilibre toujours menaçant entre les ressources du pâturage et une population rapidement croissante. C'est l'explication fondamentale de son agressivité (Planhol, 1992).

A partir de ces conditions, l'extension géographique au sud du Sahel en dehors de son domaine propre, déserts et steppes, ne pouvait être que logique dans l'évolution de cette société, particulièrement après les phases de dessèchement du milieu steppique de ces dernières décennies. Dans ces progressions, l'avancée des pasteurs a été limitée auparavant aux régions de savane par les trypanosomiases du bétail.
A présent, que la sélection a réussi l'amélioration des races bovines contre ce fléau, l'avancée se poursuit et c'est ainsi que nous avons côtoyé aux mêmes endroits en forêt ombrophile de République centrafricaine des Peuls et des Pygmées ! (Mathieu, 1990, 2016).

Nous citerons le cas de la République Centrafricaine couverte dans son ensemble par des savanes soudano-guinéennes avec des enclaves à forêts denses sèches et à savanes arborescentes. En 1937, on estime à 200 000 têtes, le cheptel bovin appartenant aux Mbororos avec des flux saisonniers réguliers.
En 1970, il atteint 700 000 têtes, en 1990, il dépasse les 2 000 000 de têtes (Mathieu, 1990). Avec la guerre civile qui s’installe (2013) entre chrétiens et musulmans, les troupeaux sont abandonnés, parfois massacrés. Aujourd’hui en RCA, le comptage des bovins est impossible, le pays étant devenu un Etat fantôme (Mathieu, 2016).

A cette expansion du troupeau bovin dans toutes les savanes arborées qui aura des conséquences inévitables sur la physionomie des végétations, s'ajoutent aussi celles qui découlent du mode de vie des éleveurs nomades Mbororos.
Ces derniers très individualistes vivent dans des "campements" distants les uns des autres, le plus souvent de 1 à 2 km et constitués de huttes grossières. Ils ne ressentent d'attaches qu'envers leurs troupeaux, aucune pour la terre nourricière de ceux-ci, qui sitôt épuisée, sera quittée pour de nouveaux pâturages.
Les saisons dictent en partie leur comportement puisque leur alternance les oblige à effectuer leur "cueillette" dans des endroits différents au cours de l'année ; pendant la saison sèche, plus au sud, quand les pâturages du nord sont réduits à un tapis brun et sec et que les rivières tarissent, puis retour vers le nord, dès que les pluies arrivent, pour la période "d'hivernage", en principe au même endroit chaque année, sinon dans la même zone géographique, compte tenu de l'état de productivité du pâturage.

Avec cette pression sur la savane, la dégradation du patrimoine agro-pastoral africain est enclenchée et sera difficile à ralentir, à défaut de l'enrayer. La transformation du milieu pastoral commence dans les lieux de campements traditionnels et sur les zones saturées en charge bovine pendant la saison des pluies.
Cette transformation est plus ou moins rapide selon l'importance du troupeau qui y stationne (80 à 500 bêtes). Durant la saison des pluies, il n'est pas rare que le troupeau passe 15 heures sur 24 dans les environs immédiats du campement. Sur ces surfaces, les charges supportées impliquent à plus ou moins moyen terme (moins de 3 ans) la dégradation du sol et la désertification du milieu. Cela commence par l'apparition de graminées basses caractérisées par une grande puissance de régénération.
Elles sont malheureusement recherchées, en vert, par le bétail de sorte que cette appétabilité tend à accentuer la charge et par là-même la dégradation de la végétation et la dénudation des sols. Pour le reste du pâturage, il y a une évolution à tendance monospécifique ou bispécifique d'espèces peu appâtées de la composition floristique initiale. 
Il s'agit là d'une modification plus lente mais difficilement réversible de la végétation.

La résultante de cette surcharge (piétinement des animaux, éclaircissement de la végétation) est un tassement et une dénudation du sol avec érosion ravinante intense stérilisant le milieu et le figeant dans une forme irréversible si une mise en défens intégral n'intervient pas.

Si l'unanimité se fait pour incriminer la surcharge des parcours et campements, il est difficile d'en évaluer encore aujourd'hui l'importance.
Mais les années ont apporté la preuve indéniable de cette affirmation.
Des observations permettent de constater que lorsqu'un campement d'éleveurs s'installe, la charge instantanée est telle que la végétation aux alentours disparaît, provoquant une dénudation de la zone (photo 7). La conséquence pour un éleveur est naturellement la migration.
On estime qu'un campement peut couvrir une superficie de 25 à 30 ha. Si au bout de 3 à 5 ans les éleveurs sont obligés d'abandonner ces zones de campement, en les additionnant au fil des années, cela représente des superficies considérables.

 

Photo 7 - Savane arborée, complètement dénudée et dégradée après un campement de trois mois d’éleveurs nomades Mbororos.
Sur un tel sol, l’eau ruisselle puis incise et creuse des ravines
(région de Bambari, République Centrafricaine) (photo C. Mathieu). 

art102 photo7 savanebambari

Avec cette extraordinaire augmentation du troupeau bovin dans certaines savanes africaines, ces toutes dernières années, avec la tendance des éleveurs à occuper toutes les savanes soudano-guinéennes et la structure sociale de cette société nomade traditionnelle où l’Islam est omniprésent, les problèmes de l’élevage africain sont nombreux et complexes.
Les difficultés du développement d’un programme de gestion de l’espace pastoral en vue de maintenir sa productivité se heurtent d’abord à l’individualisme, au traditionalisme et l’insaisissabilité du pasteur nomade.

Dans les zones de savanes arborées, de très nombreux conflits entre agriculteurs et éleveurs sont récurrents, ainsi que nous avons pu le constater au nord de la Côte d’Ivoire, au nord Cameroun et dans le sud du Tchad (Mathieu, 2019), etc. se terminant très souvent par mort d’homme.

Pour essayer de résoudre ces difficultés et de contrôler les éleveurs un tant soit peu en matière de déplacement et de gestion rationnelle des pâturages, certains gouvernements ont opté pour l’organisation nationale des éleveurs nomades en les dotant d’une structure communautaire à l’intérieur de laquelle la gestion des pâturages doit être définie.
Nous citerons l’exemple de la République centrafricaine (avant 2004) qui pouvait être considéré comme un cas d’école.
L’Etat centrafricain, crée au milieu des année 1980, la Fédération Nationale des Eleveurs Centrafricains (FNEC), organisation originale, unique en Afrique, avec sur le terrain la création d’associations de base, les GIP (groupement d’intérêt pastoral), véritables cellules d’action pour l’approche humaine des éleveurs.

A la structure du FNEC, on lui associa le Projet National de Développement de l’Elevage (PNDE), créé en 1986 et cofinancé par l’Etat Centrafricain, la Banque Mondiale, le FIDA et la coopération française.
Ces deux structures, la FNEC et le PNDE ont abordé l’analyse des problèmes de l’élevage centrafricain sous trois aspects essentiels : l’homme, l’animal et le pâturage, en gardant à l’esprit la très étroite imbrication de ces composantes pour le maintien, voire l’amélioration de la productivité des ressources naturelles à savoir les sols et la floristique des savanes pâturées.

Sur le plan social, la difficulté majeure a résidé dans l’analphabétisation des responsables des GIP, en particulier et des éleveurs en général. La formation fut un objectif essentiel pour permettre l’émergence d’éleveurs dynamiques désireux de participer à l’effort national.

La formation de “masse” pour détecter des responsables des associations de base, afin de promouvoir l’usage des médicaments vétérinaires fut aussi nécessaire et urgente. La formation est donc devenue l’objectif prioritaire pour démarginaliser le monde nomade pastoral et aider à son intégration dans la vie sociale et économique du pays.
Malheureusement, ce programme a disparu avec la guerre civile qui a ravagé le pays à partir de 2005.

Quelle stratégie pour demain ?

Quelle stratégie pour demain ? Intensifier le travail sur les terres occupées, ceci passe par l’obligation d’une révolution ″fourrage-fumier″.

D'un bout à l'autre de l'Afrique, les agriculteurs pratiquaient les mises en jachères et comptaient sur l'activité des recrûs naturels pour la reconstitution de la fertilité des sols, en l'absence de tout effort extérieur d'amendements et d'engrais minéraux.

Mais en système traditionnel, de tels systèmes (agriculture et élevage) n'assurent le maintien des composantes physiques et chimiques de la productivité des terres qu'au prix d'une très faible intensité culturale et d'une consommation d'espace, obligeant à une migration des cultures et des troupeaux.
Les pratiques traditionnelles se montrent incapables de préserver le patrimoine foncier lorsque l'intensification de l'usage s'opère sans intensification de travail.

En agriculture tropicale sédentaire, des progrès considérables doivent être réalisés. Les remèdes accessibles par les paysans de ces régions pour maîtriser la dégradation chimique, physique et biologique des sols cultivés ou mieux pour améliorer leur fertilité sont connus par les agronomes.
Une importante bibliographie existe. Ces remèdes ont été expérimentés dans toutes les parties du monde. Mais ce qui sera particulièrement difficile, ce sera l'application des mesures indispensables pour conserver, ou mieux, améliorer le sol ; car cette application suppose un changement d'attitude et de mode de vie de la part des populations dans les zones concernées, et un changement du raisonnement des planificateurs et des administrateurs.

En 1956, Guillemin, parlant des progrès réalisables, mettait en garde les responsables de la mise en valeur vis-à-vis de la hantise des statistiques en disant "le tonnage reste bien entendu impératif, mais on ne doit pas conditionner, à lui seul, l'orientation des efforts consentis en matière d'agriculture.
La notion de pérennité doit peu à peu supplanter celle du volume". Nous ajoutons que l'amélioration des sols cultivés sans jachère doit être l'objectif fondamental de sédentarisation des agriculteurs, cette amélioration faisant l'objet d'un programme suivi de la recherche agro-pédologique.

Dans la perspective d'une saturation foncière localisée et nettement circonscrite non plus en milieu ouvert mais en espace confiné et limité, peut-on éviter la dégradation du système de production ?

Là aussi de nombreux exemples africains ont montré que dans de telles situations les agriculteurs ont été conduits à mieux cultiver les superficies réduites dont chaque actif dispose, en adaptant leurs systèmes au milieu et non l'inverse. De nombreuses études à ce sujet ont été faites au Niger, au Togo, au Sénégal (18), au Burundi (8, 16), pour ne citer que quelques cas et chaque fois, dans des systèmes stabilisés et reproductibles, les rendements des cultures étaient supérieurs en système intensif à ceux du système traditionnel itinérant.

L'agriculteur devient fertilisateur en se comportant en écologiste plutôt qu'en utilisateur d'engrais.

Il s'attache à perfectionner toutes les techniques de conditionnement du sol à l'aide de moyens locaux ainsi que les façons culturales, dans le but d'obtenir un agro-système cohérent et reproductible. Une attention particulière doit être accordée au bilan humique, aux symbioses bénéfiques, aux façons et aux systèmes culturaux.
Il s'agit donc d'enclencher le "Cycle de la fertilité" ; pour cela il est indispensable d'introduire et d'adapter chez le cultivateur l'élément-élevage producteur indispensable de fumier.
L'obligation d'une révolution agricole du type "fourrage-fumier" (par l'agro-sylvo-pastoralisme) est un préalable à l'amélioration de la fertilité des sols africains.

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En conclusion, après cette analyse qui fait apparaître les problèmes mais aussi les moyens de les résoudre, pour préserver l'espace productif, il faut finalement éduquer l'homme dans ses rapports avec le sol dont il dépend. Les sols agricoles et pastoraux se dégradent, et il faut stopper cet itinéraire néfaste.
Sans négliger les sommets de l'édifice, c'est aux fondations que la primauté doit être accordée.

La stratégie adoptée doit reposer sur la participation active et volontaire des populations rurales. La participation ne peut être ni imposée, ni limitée à une simple consultation des intéressés, elle doit se fonder sur une association véritable, dès la conception, dans le domaine de la planification, du choix et de la mise en œuvre des programmes.
Toutes les interventions (lutte anti-érosive, réglementation des feux de brousse, création de compostières, gestion des pâturages, etc.) doivent être comprises et acceptées par la population ; pour cela il est indispensable qu’elles soient très utiles, c’est-à-dire qu’elles contribuent à une amélioration sensible et rapide des rendements, des revenus et des conditions de vie. Seuls les aménagements et les changements souhaités par la population auront des chances d’être entretenus par elle.

Un des exemples nous vient d’Ethiopie, (Wuilbercq, 2016) où les 5000 habitants d’un village ont décidé communautairement de réagir face à la sécheresse, à la situation d’insécurité alimentaire et à l’exode rural. Il a fallu creuser des puits, construire des digues et des canaux et planter des arbres.

Les premières années ont été difficiles, mais en introduisant de nouvelles pratiques : compostage, diversification et rotation des cultures, plantation d’arbres fruitiers et fourragers ..., les revenus des paysans ont augmenté régulièrement et la production alimentaire a été multipliée par dix (dixit le paysan-président). L’irrigation régulière a fait également son apparition. Les arbres fruitiers (oranges, avocatiers, manguiers) cohabitent avec d’immenses acacias, ces arbres fixateurs d’azote qui fournissent des gousses pour alimenter le bétail (l’intégration agriculture-élevage fait partie du programme) et sur lesquels les abeilles récoltent du pollen.
Le miel du village est d’ailleurs exporté à l’étranger.
Le village d’Abreha We Atsbeha est devenu un centre d’apprentissage pour d’autres villages et pour des enseignants-chercheurs. Mais cette expérience n’aurait pu réussir sans une discipline acceptée par tous (économie de l’eau, travail pour la communauté, ...).
Le modèle est en cours de transposition aux villages voisins. Réflexion du chef de village "Quand les sols produisent, que le paysan peut travailler à sa faim, il a une autre option que de traverser la Méditerranée. La preuve : plus personne ne veut partir d’ici".

Pour information, des expériences un peu similaires sont en cours au Rwanda.

Il est aussi préférable que les services de l'Administration aient plus un rôle d'animation, d'assistance technique et financière, qu'un rôle de réalisation entraînant une substitution de fait aux agriculteurs. Introduire le changement et favoriser la créativité reste le privilège et la responsabilité des Autorités Nationales et des Gouvernements.

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